Préserver sa capacité d’attention pour préserver sa capacité de décision

Notre capacité d’attention est finie dans un monde d’information infinie.

Capturer l’attention devient un enjeu économique. C’est pourquoi tous les nouveaux media fonctionnent en activant notre circuit de la récompense (des nouvelles incessantes attisant notre curiosité et le plaisir de cliquer) et qu’il est si facile de s’y distraire.

Retrouver sa capacité d’attention, sa capacité de recul, devient un enjeu pour retrouver sa capacité de décision. Pour un dirigeant, c’est ni plus ni moins que sa capacité de diriger.

« L’activité de notre cerveau est régie par deux pilotes : le pilote automatique et le pilote conscient. Le pilote automatique détermine l’essentiel de nos comportements à partir de notre expérience passée (mémoire ancestrale pour se protéger des dangers et mémoire de notre expérience personnelle). il fonctionne en continu pour agir sur le présent. Le pilote conscient intervient pour corriger, améliorer les actions en cours ou élaborer des plans d’action complexes en vue de répondre à des enjeux futurs. Il nous permet d’élaborer ce que nous n’avons encore jamais fait.

Prenons l’exemple du smartphone, plus l’usage de l’appareil me soulage de mes émotions désagréables, plus la fréquence de l’usage risque d’augmenter. De même tout comportement qui me crée une émotion positive à court terme (une récompense) deviendra rapidement un comportement automatique. … Dans une réunion, c’est le cas du manager qui, plein de préoccupations et sursollicité par les messages qui lui arrivent sur son téléphone, rate de plus en plus d’informations, délaisse l’échange, puis y trouve de moins en moins d’intérêt, sa réflexion s’appauvrit et il finit par rester dans son prêt-à-penser.

L’outil digital parvient progressivement à augmenter son pouvoir d’influence sur notre pilote automatique aux dépens de notre pilote conscient. Le comportement devient émotionnel – on réagit à ses émotions, plutôt que d’être dans l’action réfléchie, maîtrisée.

Pour préserver notre liberté psychique, nous avons besoin de nous organiser et d’apprendre à résister aux récompenses à court terme. Comme pour le sportif de haut niveau, qui doit se réserver des plages de récupération pour être performant, pour le manager cela passe par des moments de retour au calme, de prise de recul pour faire ralentir l’activité cérébrale et ramener l’énergie au bon niveau pour un fonctionnement optimum du pilote conscient. »

Extraits du Managers est un psy, Eric Albert, Jean-Luc Emery, Ed. Eyrolles

https://www.lemanagerestunpsy.fr/